Blog « Les voies du conte » Critique

A l’Essaïon, Muriel Revollon ouvre grand sa boîte à histoires

La conteuse de la compagnie Ziri Ziri propose, jusqu’au 25 mai, trois spectacles, « Pitis Zozios » et « Histoires de se faire bien peur une fois pour toutes » en solo, et « Le Monde, point à la ligne » en duo avec Stéphan Ramirez.

COMPAGNIE ZIRI ZIRI

Originaire de Nice, la conteuse Muriel Revollon (qui fait partie de la compagnie Ziri Ziri, créée en 2009) a posé ses valises depuis début avril, et jusqu’au mercredi 25 mai, au théâtre Essaïon à Paris. Dans ses bagages, elle a transporté trois spectacles pour le jeune public, des plus petits (dès 18 mois pour Pitis Zozios) aux plus grands (à partir de 8 ans pour Histoires de se faire bien peur une fois pour toutes). J’avais déjà publié un compte-rendu d’Histoires de se faire bien peur une fois pour toutes sur mon blog L’Arbre aux contes, en septembre 2019. A l’occasion de ce nouveau séjour à l’Essaïon, j’ai pu découvrir une autre facette de son travail, en duo avec le comédien, auteur et metteur en scène Stéphan Ramirez, dans Le Monde, point à la ligne (à partir de 6 ans).

A partir d’un très joli texte de Philippe Dorin (paru en 2007 dans la collection Théâtre de L’Ecole des loisirs), Muriel Revollon et Stéphan Ramirez ont imaginé une mise en scène astucieuse pour rendre visible la création du monde et ses coulisses. Le public est invité à assister et à participer à la naissance en direct sur scène de tout un univers fait de bric et de broc. Il est bâti, au fur et à mesure de la représentation, par les deux comédiens avec des objets du quotidien tirés des multiples tiroirs d’un coffre sur roulettes, sorte de malle magique posée au centre du décor. De simples feuilles de papier blanc se transforment ainsi en un paysage fait de montagnes et de chemins semés de cailloux ; des morceaux de papier coloré deviennent des papillons en origami ; une bouteille remplie d’encre bleue symbolise une rivière ; les baleines métalliques d’un parapluie ornées d’une guirlande lumineuse évoquent la voûte céleste parsemée d’étoiles. De cette simplicité de moyens se dégage néanmoins une belle poésie, un monde empli d’une naïveté toute enfantine prend peu à peu forme sous les yeux des spectateurs.

Muriel Revollon et Stéphan Ramirez font preuve d’une grande inventivité et campent avec tendresse les différents personnages qui peuplent cette histoire sans prétention : le chien, la vieille dame et le petit garçon. Ils n’hésitent pas à interpeller le public, surtout les plus jeunes, et à les faire intervenir de temps à autre dans le spectacle. Ce qui donne parfois lieu à des moments inoubliables comme lors de la représentation à laquelle j’ai assisté un samedi après-midi, lorsqu’un jeune garçon autiste d’une dizaine d’années a offert son plus beau sourire à Stéphan Ramirez pour redonner sa bonne humeur au petit garçon du récit qui l’avait perdue. Une illustration parmi tant d’autres du pouvoir positif des contes sur ceux et celles qui savent les entendre et surtout les écouter.

Le Monde, point à la ligne, avec Muriel Revollon et Stéphan Ramirez. Texte de Philippe Dorin. A partir de 6 ans. Théâtre Essaïon, 6, rue Pierre au Lard, Paris 4e. Jusqu’au mercredi 25 mai, le mercredi, samedi et dimanche à 14 h 20.

Journaliste au Monde.fr depuis 1998, j’ai toujours éprouvé une admiration sans bornes pour ces artistes de la parole que sont les conteurs et conteuses. Après avoir travaillé pendant plusieurs années comme bénévole dans l’organisation de festivals de contes et de théâtre de rue, je me suis lancée en octobre 2013 dans l’aventure d’un blog consacré aux arts du récit, L’Arbre aux contes, qui a fermé définitivement en octobre 2021. Je participe désormais au blog collectif de « La Grande Oreille ».

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